La journée mondiale de l’Afrique célébrée tous les 25 mai a été créée en1963 à Addis Abeba (Éthiopie). Cette année, le thème « Un continent en mutation profonde » nous invite à nous questionner sur l’évolution du continent depuis la création de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) dont 32 dirigeants ont permis la mise en place de cette unité historique.
Inspirée par le mouvement panafricain et la conférence de Bandung, l’OUA regroupait les pays africains nouvellement indépendants dont les principales missions étaient les suivantes :
- Promouvoir l’unité et la coopération entre les États africains
- Renforcer la solidarité entre les pays africains et se débarrasser du colonialisme et de l’apartheid.
À cet effet, l’OUA va prendre des engagements très fermes en soutenant le mouvement anti-apartheid en Afrique du Sud et celui de libération du Zimbabwe ZANU-PF dirigé par Robert Mugabe.

L’OUA UN ORGANE INSTABLE DES SA CRÉATION
Bien que, le but premier de l’organisation fût l’émancipation des pays à la suite de la forte empreinte coloniale et tous les défis à relever qui s’en suivent, la mise en place d’une feuille de route pour l’émergence du continent ne va pas être suffisante, car, l’OUA va en réalité rencontrer des difficultés dès sa création.
Premièrement, les frontières coloniales vont être un très grand sujet de discordes au sein des pays membres. En effet, deux groupes vont s’opposer, celui de Casablanca qui prône l’unité du continent et la suppression de ces dites frontières et le groupe de Monrovia qui soutient le maintien des frontières et appelle à une unité progressive. En plus des problèmes territoriaux, l’OUA est également minée par des différences idéologiques, des rivalités politiques entre dirigeants, mais par-dessus tout, le spectre de l’influence étrangère qui continue à planer au sein de l’institution.
Toutes ces divergences vont entraîner la sortie du roi du Maroc Hassan II en 1984, qui décide de se retirer de l’institution en raison d’un différend sur la reconnaissance de la République sahraouie démocratique (RASD).
LA MISE EN PLACE DE L’UNION AFRICAINE : REGAIN D’ESPOIR
Après une première tentative d’unité qui va se solder par de nombreuses divergences, les États africains vont mettre en place une nouvelle institution calquée sur le modèle de l’Union européenne et décident donc de créer en 2002 l’Union africaine à Durban (Afrique du Sud).
Dès sa création, l’intégration politique et économique du continent fait partie des buts de l’organisation dont la pensée est une idée chère au président Kwame Nkrumah, figure emblématique dans la lutte pour l’indépendance en Afrique, qui prônait déjà « Un gouvernement de l’union pour une Afrique unie ». Ce modèle d’intégration réaffirme également le projet des États-Unis d’Afrique portée par certains leaders comme le défunt colonel Muammar Kadhafi.
Muni de son héritage légué par l’OUA, l’UA s’est dotée d’une feuille de route intitulée « Agenda 2063 », initiative stratégique qui vise à tracer la voie vers le développement et l’intégration de l’Afrique sur le long terme. Adopté en 2013, cet organe devrait projeter le continent dans une vision à long terme pour les 50 prochaines années afin de permettre à l’Afrique de réaliser son plein potentiel en tant que continent dynamique, progressiste et compétitif tout en s’appuyant sur ses ressources en son capital humain.
En janvier 2017, le Maroc est réintégré dans l’Union africaine lors du 28e Sommet de l’UA à Addis-Abeba, à la suite de discussions et d’efforts diplomatiques. La sortie et la réintégration du Maroc soulèvent une question géopolitique importante. En effet, un pays qui ne participe pas activement à des organisations internationales peut être perçu comme ayant une influence limitée sur la scène mondiale, c’est alors qu’on voit l’importance d’une unité africaine au sein du continent.
L’INCAPACITÉ DE L’UNION AFRICAINE AUJOURD’HUI
Quoique l’UA se voit fixer une feuille de route allant jusqu’à 2063, force est de constater aujourd’hui que les efforts mis en place par les États membres sont superficiels et insuffisants. Nombreux sont les pays qui ont pris l’exemple sur le Ghana de Kwame Nkrumah, père fondateur du panafricanisme à la suite des mouvements d’indépendance sur tout le continent dans les années 60, mais, la réalité aujourd’hui nous pousse à faire un constat triste et alarmant.
UN CONTINENT DÉPENDANT DE SES VOISINS ECONIMIQUEMENT
Les membres qui composent l’UA semblent ne pas vouloir poursuivre la vision panafricanisme de son fondateur et favorisent davantage les échanges avec l’Europe plutôt qu’entre pays voisins. Si le but principal de l’OUA était de rejeter la colonisation, on constate tristement que certains pays ont gardé ce patrimoine colonial comme modèle plutôt que l’émancipation. En effet, les liens économiques établis pendant la période coloniale ont souvent orienté les échanges commerciaux de quelques-uns des pays vers leurs anciennes puissances coloniales qui ont perduré même après l’indépendance. À cet effet, plusieurs pays ont des infrastructures et des connexions commerciales plus développées avec l’Europe qu’avec leurs voisins directs.
L’APPLICATION DE LA DÉMOCRATIE EN DENT DE SCIE
Si quelques pays africains ont fait des progrès significatifs dans la promotion de la démocratie, en revanche, le plus grand nombre fait encore face à des défis persistants. Les pays comme l’Afrique du Sud, le Botswana, le Ghana ou encore le Cap-Vert sont souvent cités comme des exemples de démocraties relativement solides car ils ont réussi à établir des systèmes démocratiques stables, des élections régulières, la participation politique et des institutions indépendantes. Cependant, il existe des problèmes qui limitent le plein épanouissement de la démocratie dans la plupart des pays qui refusent de relever les défis suivants et où l’UA est incapable d’intervenir. Ces problèmes se traduisent souvent par :
- Pratique autoritaire : intimidation, corruption, répression. Régime autoritaire où les droits de l’homme, la liberté d’expression et la participation politique sont restreints.
- Instrumentalisation des pouvoirs (exécutif, législatif, judiciaire), inefficacité administrative.
- Révision systématique de la constitution pour se maintenir au pouvoir.
- Utilisation de toutes manigances afin d’éliminer tout candidat qui a du potentiel.
Mais ce qui affaiblit très clairement le poids de l’UA sur la scène mondiale est son inaction face à l’instabilité politique qui règne au sein de ses membres. Les conflits internes ou transitions politiques difficiles dans certains pays se traduisent par des affrontements entre le peuple et les forces de l’ordre qui se soldent toujours par des pertes de vies humaines beaucoup plus du côté des manifestants.
En effet, l’UA est incapable de maintenir la paix (Somalie, Darfour, Lybie), elle est impuissante face à des mouvements terroristes (Nigéria, Burkina Faso, Mali, Tchad, Cameroun), le conflit (RDC, Rwanda). Aucune harmonisation concernant la monnaie commune. L’institution n’est pas autonome financièrement et rencontre des difficultés : son budget de fonctionnement est financé à plus de 70% par l’Union européenne et les États-Unis, quant au 30% restants, la plupart des pays membres ont du mal à verser leur cotisation.
UNE POPULATION LAISSÉE POUR COMPTE
Dans le cadre de la protection ou l’évacuation des ressortissants de différents pays, on observe très souvent les prises de position rapides des Occidentaux quant à leurs ressortissants, et c’est là tout l’enjeu d’une bonne organisation. On constate tristement que les Chefs d’États africains et l’UA ne semblent pas avoir les mêmes priorités lorsqu’il est question d’un de leurs citoyens, car très peu, voire aucune déclaration ou initiative n’est prise ou mise en place pour rassurer ces derniers en cas de situation difficile, comme on a pu se rendre compte lors des drames survenus en Chine, en Lybie, en Ukraine ou encore dernièrement en Tunisie. Ces évènements et l’inefficacité de l’UA nous poussent à poser la question suivante : Si nous avons du mal à nous adapter aux modèles, venant d’ailleurs pourquoi ne pas revenir à nos réalités africaines et réfléchir sur notre propre type de gouvernance ? En réalité, la démocratie est à bout de souffle. Quand nous observons tout ce qui se passe même dans les pays développés comme la France, les États-Unis, la Turquie, il y’a de plus en plus de fractures et la montée du communautarisme.
VERS UNE RÉFORME DE L’UNION AFRICAINE
Bien que l’institution ait adopté des instruments juridiques pour promouvoir la démocratie et établir les normes, la plupart des États membres rencontrent des défis en matière de respect de cette démocratie et de la bonne gouvernance. À cet effet, les peuples africains remettent en question la crédibilité et l’existence de l’UA. En outre, la jeunesse africaine doit être en éveil, afin de pouvoir prendre son destin en main. De la même manière que se pose le problème de la réforme de l’ONU, l’Union africaine a également besoin d’être réformée afin de renforcer son efficacité dans la promotion d’une nouvelle voie adaptée à ses propres réalités, des droits de l’homme et de la bonne gouvernance en Afrique. Les domaines clés à considérer incluent le renforcement des mécanismes de suivi et de responsabilisation des pouvoirs institutionnels plus forts ainsi que la promotion de la participation de la société civile, qui serait en majorité composée de jeunes et des femmes. Ces dernières qui en cas de conflit ou de crise, étant de bonnes médiatrices, sont plus à même de s’investir dans la recherche de la paix. Les jeunes quant à eux, sont soucieux de leur avenir et du devenir du continent. Il serait également opportun de former les membres de la nouvelle institution à la citoyenneté afin qu’ils arrivent à privilégier l’intérêt général et non individuel, ce volet devrait normalement revenir à la société civile. Au vu de tout cela, la création d’un centre de formation serait envisageable. Tout membre sans exception devrait au préalable passer par ce centre et prêter serment. En vue du non-respect des clauses, des sanctions seraient prononcées allant jusqu’à la radiation. Sans conteste, c’est la mauvaise gouvernance qui empêche le continent de se développer. Il faudrait envisager des garde-fous afin de permettre à cette mère patrie de se développer.
