Selon la théorie de l’évolution, les premiers hominidés ancêtres des êtres humains modernes, sont apparus en Afrique il y a des millions d’années. L’Homo sapiens, espèce à laquelle nous appartenons, a émergé dans le même continent, il y a 200 000 ans, faisant ainsi de l’Afrique le berceau de l’humanité. Au fil des siècles, les découvertes archéologiques, fossiles et preuves génétiques ont permis d’affirmer que nos ancêtres directs vivaient en Afrique avant de se répandre sur d’autres continents.

Au vu de ces faits souvent contestés, il est important de s’intéresser de plus près à l’origine même de l’Afrique, le continent de « l’homme qui sait ».

IL ÉTAIT UNE FOIS L’AFRIQUE…

Le terme « Afrique » a des origines anciennes dont l’étymologie est liée à l’histoire de la région.

Bien que l’origine du mot ne soit pas complètement certaine, il est généralement accepté qu’il dérive du mot latin « afer » qui était utilisé pour désigner les habitants de l’Afrique du Nord. En effet, le mot « Africa » aurait des racines berbères ou puniques, des langues parlées dans la région à l’époque. Les romains ont adopté cette appellation pour désigner la province romaine d’Afrique qui englobait non seulement la Tunisie, mais aussi des parties de l’Algérie et de la Libye actuelles. Cependant, le nom « Afrique » tel que nous le connaissons aujourd’hui s’est développé au fil du temps. 

Le terme « Afrique » a une origine ancienne et complexe. Certains chercheurs pensent que le nom « Afrique » pourrait être dérivé du mot berbère « Afer » ou « Ifri » qui signifie « caverne » ou « grotte ». Les grottes étaient nombreuses dans cette zone et pourraient avoir donné son nom à la région. En réalité, la région a une histoire riche et complexe, avec de nombreuses influences culturelles au fil des siècles, ce qui rend l’origine du nom « Afrique » sujette à des interprétations diverses.

L’ORIGINE D’ALKEBULAN

L’origine du mot « Alkebulan » est attribuée à des sources culturelles africaines, et certains estiment qu’il aurait des liens avec des langues et des traditions spécifiques.

Dans son ouvrage Kemetic History of Africa, Cheikh Anta Diop affirme que ALKEBULAN est le plus ancien et le seul mot d’origine autochtone qui était utilisé par les Maures, les Nubiens, les Numides, les Khart-Haddans (Carthageniens) et les Ethiopiens. Dans ce même ouvrage précité, le professeur Anta Diop démontre par la même occasion la corrélation qui a existé entre les Etats d’Afrique de l’Ouest tels que le Nigéria, le Togo, le Bénin, le Ghana, le Sénégal, la Gambie, la Guinée, le Mali, l’Afrique du Sud, le Burkina Faso, la Mauritanie, le Soudan, entre autres et l’ancien Kemet qui est aujourd’hui l’actuel Egypte. Cette thèse a également été soutenu par le prêtre et historien nigérian Samuel Johnson pour qui les Etats d’Afrique de l’Ouest sont originaires du Kemet. Ce dernier a étudié l’origine des Yorubas dans son manuscrit qui s’intitule « L’histoire des Yorubas des premiers temps au début du protectorat britannique ».

Ainsi, l’origine du terme « Afrique » diffère selon les régions et interprètes. Cependant dans une étude menée par Cheikh Anta Diop, l’Afrique n’est pas le nom initial du continent, mais plutôt « ALKEBULAN, ALKEBU-LAN » ce qui signifie « mère de l’Humanité », « le jardin d’Eden ». 

UN JARDIN D’EDEN…

Considéré comme un havre de paix dans les religions monothéistes, le jardin d’Eden serait un lieu abondamment riche où toutes les espèces vivraient en parfaite harmonie.

Si nous faisons un parallèle avec le monde actuel, ALKEBULAN, soit l’Afrique (telle qu’elle existe de nos jours), semble correspondre à ce lieu, au regard de toutes les richesses dont elle dispose. En effet, le continent africain a toujours regorgé de trésors. Il détient à lui seul, plus de la moitié des rares minerais au monde et une abondante richesse en ressources naturelles renouvelables et non renouvelables.

ENTRE RICHESSE ET CONFLITS

Si les africains sont conscients que leur sous-sol regorge de richesses, les occidentaux quant à eux, n’en diront pas le contraire. Certes, l’Afrique est l’un des continents les plus riches de la planète, mais que représente cette richesse pour cette population qui vit sous le seuil d’extrême pauvreté avec 1,90 dollar par jour? A l’exception de la misère, le continent est également le théâtre de nombreux conflits et guerres. En outre, avec tous les changements qui s’opèrent à une vitesse inimaginable, l’Afrique est redevenue une zone de convoitise qui attire toutes les grandes puissances.

Incontestablement, le continent est confronté à de nombreuses sources de conflits qui contribuent à l’instabilité régionale et nationale. En effet, entre autres, la province de Kivu (République Démocratique du Congo) est en guerre depuis près de trois décennies. La région est également le théâtre d’affrontements des groupes armées. En fait le Rwanda est accusé par la RDC, ainsi que de nombreux rapports des Nations unies, de soutenir le groupe armé nommé le M23. Manifestement, le contrôle et l’exploitation des nombreuses ressources naturelles précieuses telles que l’or, le gaz, le coltan et le pétrole sont les facteurs clés du conflit. Il est important de préciser que la province renferme à elle seule près de 80% des réserves de coltan, un minerai utilisé dans la fabrication des téléphones portables, ordinateurs et autres objets électroniques.

Bien que le conflit ait débuté en 1996, la province de Kivu a été mise sous les feux de la rampe au cours de la 34e coupe d’Afrique des nations (CAN) en Côte d’Ivoire. Les léopards ont choisi le passage de l’hymne nationale pour dénoncer deux faits majeurs à savoir, les crimes perpétrés dans le Nord-Kivu et le mutisme de la communauté internationale. En quelques secondes, ils ont surfé sur le domaine politique qui a pour toile de fond, des enjeux géostratégiques, géoéconomiques et géopolitiques en reprenant ce geste symbolique (ci-dessous) qui a été largement médiatisé.

Stade olympique Alassane Ouattara d’Abidjan – 7 Février 2024

L’EMPREINTE DE ALKEBULAN SUR LE MONDE

Le continent africain n’a cessé de se faire piller tout au long de son histoire aussi bien sur ses richesses naturelles que culturelles. Il est important de rappeler que le pillage d’objets d’art s’est fait au cours de violences coloniales, cela s’est soldé par une extraction culturelle. Près de 90.000 objets d’Afrique subsaharienne se trouvent dans les collections publiques françaises. Le Musée du Quai Branly (Paris) est le plus concerné avec 70.000 oeuvres. Actuellement, l’Afrique mène un combat pour la restitution de son art. Le président Emmanuel Macron s’y est engagé également au Burkina Faso en 2017. La restitution de 26 oeuvres d’art au Bénin en 2021 est l’une des preuves de cet engagement. Le peuple africain est très attentif aux débats sur la restitution de son art, cette approche serait ainsi considérée comme un véritable symbole de souveraineté et d’indépendance.

LE SOFT POWER AFRICAIN OUBLIÉ

Bien qu’aujourd’hui la culture africaine soit indéniablement reconnue mondialement, notamment grâce à sa musique, (afrobeats, amapiano) qui émerge sur la scène internationale de par la montée d’artistes provenant du continent, il semblerait qu’elle ait inspiré le monde occidental.

Si Picasso est connu comme étant une figure ayant marqué le monde de l’art, peu de gens savent d’où il a tiré certaines de ses inspirations. Entre découverte, objection au départ et fascination par la suite, « Les demoiselles d’Avignon » s’impose comme la première toile cubiste de l’artiste. Un tableau planétairement connu, dont les visages des cinq femmes représentées sont directement inspirées par l’art tribal et les masques africains (selon les propres affirmations de l’artiste lui-même).

Les Demoiselles d’Avignon, Pablo Picasso

Il est important de noter que Picasso n’était pas le seul artiste européen à s’inspirer de l’art africain en cette période. En effet, cet art a exercé une influence significative sur de nombreux artistes modernistes européens au début du XXe siècle, contribuant à l’émergence de mouvements artistiques novateurs tels que le cubisme.

Il est indéniable de parler de la culture africaine sans évoquer la religion catholique et de son impact sur les religions traditionnelles africaines. Sans conteste, la culture africaine a subi un rejet de la part des occidentaux venus évangéliser. Effectivement, tout ce qui avait attrait à la culture africaine (rite, danse, chant, culte, sculpture ) a été décrit par les premiers missionnaires comme fétichiste, animiste voire diabolique (curieusement ces objets soit disant maléfiques se retrouvent comme par enchantement dans les musées en Occident) allez-y comprendre! Il est important de préciser que la rencontre des deux cultures ne s’est faite ni dans la paix, ni dans la fraternité et la tolérance. L’église catholique a vécu dans une espèce d’autarcie en ignorant les religions traditionnelles africaines.

Il a fallu attendre le concile du Vatican II pour apporter les changements nécessaires concernant les religions non chrétiennes (célébrations en langues vernaculaires, abandon du latin par exemple). Actuellement, l’église catholique est dans la tourmente car secouée par de nombreux scandales et des crises en son sein, notamment suite au document soumis par le Vatican « Fiducia supplicans » qui a suscité de vives réactions parmi les épiscopats africains. Ces derniers s’y sont opposés ouvertement en s’appuyant sur leurs valeurs africaines.

Au vu des récits scientifiques et historiques, on peut soumettre l’idée que l’Afrique soit considérée comme le berceau de l’humanité. Le parallèle avec le jardin d’Eden est un parti pris, afin de démontrer les trésors et richesses d’un continent qui se voit piller de siècle en siècle. Ce pillage incessant épuise le continent, il sied également de dénoncer un autre phénomène important qui consiste à effacer l’histoire de l’Afrique, en lui volant sa culture à travers le white washing.

Tout compte fait, les fils et filles d’ALKEBULAN doivent se ré approprier leur histoire. A vous jeunesse africaine: Soyez-vous même, soyez unis, prenez en main votre destinée, soyez le moteur de développement, privilégiez le partenariat win-win comme base de tout accord.