Célébrée le 31 juillet de chaque année, la journée internationale de la femme africaine est très peu connue, contrairement à la Journée internationale des droits des femmes qui est fêtée tous les 8 mars. En effet, réunies pour la première fois à Dar Es Salaam (Tanzanie), les femmes de l’ensemble du continent ont mis en place la première organisation des femmes africaines dénommée « la Conférence des Femmes africaines) qui deviendra par la suite « l’Organisation Panafricaine des Femmes » ou « Pan African Women Organisation ». La militante malienne Aoua Keita est reconnue comme l’une des figures de proue de cette journée. Promulguée par les Nations-Unies en 1962, la JIFA sera officiellement consacrée le 31 juillet 1974 au cours du premier congrès de l’0rganisation des femmes à Dakar (Sénégal).  

Soucieuses de leur avenir et de celui du continent, ces pionnières se sont assignées des objectifs à savoir : promouvoir l’unité et l’émancipation des peuples africains, lutter pour la libération des pays africains du colonialisme, de l’apartheid et s’appuyer sur la reconnaissance des droits fondamentaux de l’homme en tant qu’homme. Du fait de cette rencontre, les femmes ont ainsi prouvé qu’elles étaient capables de prendre fait et cause pour le continent et d’y apporter des changements. Il est à noter que la conférence des femmes s’est tenue avant celle des hommes. En effet, il a fallu attendre le 25 mai 1963 pour que ces derniers se réunissent à Addis Abeba (Ethiopie). Il convient également de préciser que cette rencontre historique s’est faite au moment où les pays africains commençaient à se libérer de la tutelle des pays colonisateurs.

Vous n’êtes pas sans savoir que la femme africaine a toujours joué un rôle primordial. Son impact et sa contribution dans chaque domaine de la société ont toujours été indispensables à tous les niveaux qu’il s’agisse de la famille, la communauté, la société ou du monde dans l’ensemble.  Educatrice, gardienne des traditions, de la culture, elle transmet les connaissances les valeurs et les normes sociales. Elle participe ainsi, à la sauvegarde de ses origines et de son identité.

LES HEROINES AFRICAINES D’AVANT L’ESCLAVAGE ET LA COLONISATION

En réalité, avant l’esclavage et la colonisation, la femme africaine vivait dans une société souvent matrilinéaire organisée et hiérarchisée à cet effet, cette dernière disposait d’un grand pouvoir. De reines en passant par résistantes et prophétesses, elles sont nombreuses à avoir marqué l’histoire du continent. Nous avons les cas des Candaces (reines du royaume de Koush actuel Soudan), Ana Nzinga (reine des royaumes du Ndongo et du Matamba actuel Angola), Nandi (reine de Zululand actuel Afrique du Sud) mère de Shaka Zulu, les Amazones (une unité d’élites composée de femmes, royaume du Dahomey actuel Bénin), Kimpa vita (prophétesse royaume du Kongo). Une chose est sûre, les femmes africaines ont perdu leur pouvoir pendant la colonisation et se sont vues reléguer au second plan.           

FEMMES LEADERS ET ENGAGEES VERITABLES SOURCES D’INSPIRATION POUR LA NOUVELLE GENERATION

Incontestablement depuis la création de la JIFA, de nombreuses femmes africaines se sont illustrées dans divers domaines. Malgré les défis auxquels elles sont confrontées tels que les inégalités hommes-femmes, le poids de la tradition, elles ont démontré leur capacité à surmonter les obstacles et à réaliser les exploits remarquables. Leur engagement et leur leadership contribuent à façonner les sociétés africaines et à inspirer les générations futures. Notre intérêt porte sur quelques-unes d’entre elles en l’occurrence Wangari Maathari (Keyna) prix Nobel de la paix, Ellen Johnson Sirleaf (Libéria) première femme présidente de la république en Afrique, Aminata Dramane Traoré (Mali) femme politique, militante altermondialiste.

Toutefois, à l’heure où le monde est en proie à de multiples crises, il revient aux femmes africaines de profiter de ces moments afin de faire entendre leur voix sur des questions spécifiques liées aux africains et aux personnes d’ascendance africaine notamment, le racisme et l’immigration. Car si l’on se réfère aux objectifs assignés dès la création du mouvement, il s’avère que nous sommes encore assez loin des résultats escomptés.

LA HIERARCHISATION DES RACES CONSEQUENCE INEVITABLE DU RACISME SYSTEMIQUE

Incontestablement, le racisme puise ses origines dans l’esclavage et la colonisation. À cet effet, nous assistons à la naissance d’un sentiment de supériorité de la race blanche sur la race noire. Néanmoins, plus de 20 ans après l’adoption de la Déclaration de Durban et de son plan d’action à l’issue de la conférence mondiale contre le racisme, tenue à Durban (Afrique du Sud) en août-septembre 2001, les objectifs fixés n’ont toujours pas été atteints. Au contraire, nous constatons de plus en plus, une véritable montée en puissance de mouvements nationalistes, des replis identitaires et des allégations sécuritaires qui offrent à travers le monde un terrain propice à la résurgence de la discrimination raciale. Tous les feux de signalisation sont au rouge, les rapports également dressent un tableau inquiétant et sombre de la situation et soulignent un racisme systémique persistant et déshumanisant envers les africains et les personnes d’ascendance africaine. Le Haut-commissariat aux droits de l’homme de l’ONU reconnait avoir reçu des informations sur près de 190 décès d’Africains et des personnes d’ascendance africaine des mains des responsables de lois. À cet effet, l’Europe, l’Amérique Latine et l’Amérique du Nord sont les continents les plus concernés avec près de 98% de décès en 2021. Par la voix de sa porte-parole Ravina Shamdasani, l’ONU a demandé à la France le 30 juin 2023 de se pencher sérieusement sur les problèmes de racisme et de discrimination raciale au sein de ses forces de l’ordre, suite au décès du jeune Nahel tué par un tir de policier. Quant à l’Angleterre, elle a décidé de créer une barge flottante qui abriterait les demandeurs d’asile.

L’IMMIGRATION OU LA DESHUMANISATION D’UNE RACE

L’immigration est un autre volet très important qui doit interpeller la société civile féminine africaine. Cette dernière doit se pencher sur ce fléau qui dépeuple le continent et le prive d’une bonne partie de sa population active. En effet, la mal gouvernance est en partie l’une des causes de ces départs massifs et de ces soulèvements populaires. Il est opportun que ce mal soit traité à la racine. En effet, tout en privilégiant l’intérêt général, les dirigeants africains doivent mettre en pratique la bonne gouvernance, respecter leurs constitutions et accepter l’alternance. À cet effet, les sociétés civiles de chaque pays devraient travailler avec les pouvoirs publics afin de mettre en place des politiques d’insertion pour cette jeune génération qui est âgé de moins de 24 ans et représente 60% de la population. Car il faut l’avouer, l’immigration clandestine oblige cette jeunesse à recourir à des solutions les plus drastiques et dramatiques tels que la traverser de la mer méditerranée à bord des embarcations de fortune ou encore à s’exposer par voie terrestres à toutes sortes de dangers. Selon le projet sur les migrants portés disparus depuis 2014, environ près de 47 327 migrants ont perdu la vie dans le monde dont 23 490 en Méditerranée et 11 261 en Afrique. 64% des corps n’ont pas été retrouvé. Toutefois, il est à craindre que ces chiffres soient en deçà de la réalité. Il faut reconnaître que cette immigration est bel et bien organisée par des réseaux transnationaux à caractère mafieux. Ces derniers recrutent de la main d’œuvre dans les pays d’origine, ils constituent ainsi, de véritables réseaux d’esclavages.

L’INEFICACITE DE L’UA AFRICAINE ET DES ORGANES SOUS REGIONAUX

Il faut l’avouer, l’Union africaine (UA) et les autres organes sous régionaux tels que la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), la Communauté économique des Etats d’Afrique Centrale (CEEAC) ont opté pour un mutisme total et sont complètement inexistants p, par contre, ils peuvent vous surprendre parfois par des prises de position unilatérale et arbitraire. Toutefois, aussi étonnant que cela puisse paraître, les évènements dramatiques s’enchaînent quotidiennement au vu et au su du monde entier, sans que les auteurs puissent être inquiétés. D’autres faits méritent d’être soulignés à savoir le discours xénophobe prononcé par le président tunisien Kaïs Saïed (membre de l’UA), sur le danger démographique de l’immigration subsaharienne. En effet, cette incitation à la haine n’a fait qu’aggraver le cas des africains subsahariens qui se trouvaient sur le sol tunisien. Pire encore, plus de 1300 migrants d’origine africaine ont été expulsé de la Tunisie et envoyé à la frontière entre l’Algérie et la Libye. Ces derniers se retrouvent bloqués dans une zone désertique sans eau ni nourriture selon l’Organisation des Nations unies.

Face à toutes ces situations dramatiques, l’Union africaine est dans l’incapacité de voler au secours de ses ressortissants. Dans cette optique, il est indispensable que l’UA et les organes sous régionaux soient réformés. En outre, il est opportun que la femme africaine s’investisse de nouveau dans son rôle d’éducatrice, de gardienne des traditions, d’élément stabilisateur dans la prévention et gestion des conflits. Soyons unis, soyons nous-même, pratiquons le UBUNTU.

Tout compte fait, avec le vent du changement qui souffle, il serait temps que les anciens passent le témoin à la nouvelle génération.