
Depuis quelques décennies, un nouveau terme s’est imposé dans le débat scientifique et écologique : « l’Anthropocène ». Ce mot dérivé du grec anthropos (homme) et kainos (nouveau), désigne une époque géologique dans laquelle les activités humaines modifient profondément la biosphère, les cycles naturels et la structure même de notre Maison commune.
Le terme Anthropocène a été popularisé dans les années 2000 par le prix Nobel de chimie Paul Crutzen. Selon lui, nous avons quitté l’époque holocène commencée, il y’a environ 11 700 ans, pour entrer dans une nouvelle ère marquée par l’empreinte humaine : destruction de la biodiversité, altération du climat, pollution généralisée, urbanisation massive, etc.
Même si cette appellation n’est pas encore officiellement reconnue par la commission internationale de stratigraphie, elle est de plus en plus utilisée par les scientifiques, les philosophes et les écologistes pour décrire notre époque.
Impacts climatiques : la Planète sous tension
L’un des marqueurs les plus évidents de l’Anthropocène est le changement climatique d’origine anthropique, dont les impacts sont déjà mesurables et croissants.
En effet, depuis la fin du XIXe siècle, la température moyenne mondiale a augmenté de 1,1 à 1,3°C, l’une des causes principales étant la combustion d’énergie fossile. Toutefois, les modèles climatiques prévoient une hausse de 2 à 4°C, d’ici 2100 sans réduction drastique des émissions. À cet effet, les conséquences peuvent être irréversibles si certains seuils sont franchis (ex. fonte totale du Groenland).
Vous n’êtes pas sans savoir que les glaciers et les pôles fondent à un rythme sans précédent. Le niveau des océans s’est élevé d’environ 20 cm au XXe siècle et pourrait monter de 1m ou plus d’ici 2100. De ce fait, les zones côtières et les îles sont en danger.
L’Anthropocène est associé à une série de crises planétaires
Il est à noter que les dérèglements climatiques provoquent aussi bien : des canicules plus longues et fréquentes ; des sécheresses et incendies sur plusieurs continents ; des ouragans et tempêtes tropicales plus violents ; des inondations dévastatrices liées à l’intensité des pluies ; des érosions de la biodiversité, se traduisant par l’augmentation du taux d’ extinction de masse en cours, causée principalement par l’activité humaine ; une pollution généralisée, ainsi, sol, mer et air sont saturés de produits chimiques et de déchets.
De même, le climat modifie la répartition des espèces, y compris les cycles agricoles, les ressources en eau douce et par conséquent, aggrave les tensions géopolitiques liées à l’accès aux ressources. En outre, près de 53% de la population mondiale est confrontée à des inégalités sociales et économiques, qui sont exacerbées par une mondialisation non régulée. Que dire d’autre ! Si, ce n’est qu’actuellement, la planète est dominée par des conflits et des guerres.
La Transition Energétique
En réalité, pour sortir de l’Anthropocène il faut d’abord passer par une rupture avec les énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz), principales sources d’émissions de CO2. Ensuite, développer massivement les énergies renouvelables : solaire, éolien, hydraulique, géothermique.
Repenser nos modèles économiques
En fait, changer la technique ou l’économie ne suffit pas, il convient aussi de transformer notre vision du monde à savoir : s’appuyer sur une économie circulaire qui consiste à réutiliser, recycler, réparer plutôt que jeter. Il y’a lieu également, de réinventer l’agriculture et l’alimentation en pratiquant de l’agroécologique, la permaculture, l’agriculture régénératrice. En vue de cela, nous devons produire tout en restaurant les sols, la biodiversité et l’eau. Il convient de préciser qu’en matière d’aliments, il vaut mieux privilégier une alimentation végétale et par conséquent, réduire la consommation de viande.
Il sied de réorganiser nos territoires et modes de vie en misant sur l’urbanisme durable. Ainsi, naitront des villes résilientes qui seront dotées de mobilités douces et d’infrastructures vertes.
En toute évidence, pour une bonne transformation culturelle et éducative, l’écologie doit être enseignée à l’école dès le plus jeune âge, non pas seulement comme science, mais comme manière d’habiter le monde. Il est également judicieux, de valoriser les savoirs autochtones, effectivement, ces savoirs sont souvent plus respectueux de l’environnement. De toute manière, il faut remettre en cause l’idéologie de la croissance illimitée et penser une prospérité sans surconsommation. Toutefois, dans une démarche d’humilité et de responsabilité, l’homme peut relier éthique, spiritualité et écologie.
Il est important d’envisager des politiques écologiques ambitieuses : taxe carbone, normes environnementales strictes, etc. Tout en protégeant et en restaurant les écosystèmes, la pratique de la reforestation et la restauration écologique est plus que nécessaire à grande échelle. Nous devons lutter contre l’érosion de la biodiversité. En fait, la biodiversité est une alliée clé dans la régulation du climat, des sols et de l’eau. Cependant, la préserver c’est renforcer la résilience de la planète. Il faut également limiter les espèces invasives et interdire les pesticides toxiques. Manifestement, il est opportun de renforcer la démocratie participative, afin d’impliquer les citoyens dans les décisions climatiques. Il serait de même souhaitable, d’adopter des modèles économiques comme la décroissance ou la croissance verte régénératrice.
L’idée de l’Anthropocène oblige à repenser la place de l’humain dans l’univers. L’être humain, autrefois considéré comme une créature parmi d’autres, est désormais une force tellurique, capable de transformer la planète toute entière.
Sans aucun doute, l’Anthropocène est bien plus qu’un mot scientifique, il décrit en réalité, une transition planétaire brutale où l’humanité devient une force capable d’altérer la vie sur terre. Si les débats sur sa définition exacte restent ouverts, son impact, notamment climatique, ne fait plus de doute. Décidément, cette ère pose des défis immenses : inventer un nouveau rapport aux humains, redéfinir les progrès et construire un avenir où l’humanité ne serait plus un agent de destruction, mais un acteur de régénération. Il faut reconnaître que ce constat est à la fois alarmant et en même temps un appel à l’action. Sans conteste, notre avenir est désormais indissociable de celui de la planète. En reconnaître les contours, c’est aussi ouvrir la voie à une transformation collective, pour que l’humain redevienne un habitant responsable de notre Maison commune.
Sortir de l’Anthropocène n’est pas un retour à la nature primitive, mais une réinvention du vivre-ensemble en toute harmonie avec la création. Cela suppose une transition écologique juste, à la fois technique, environnementale, économique, sociale, politique et culturelle. Le chemin est étroit, mais il existe.
La question n’est plus seulement « quelle planète laisserons-nous à nos enfants ? », mais « quels enfants laisserons-nous à la planète ».
