
Deo KASONGO (DIVO Group) Frédéric MADZIMBA (Fred Frenchy Corp & MGG)
Quand on se penche sur la question du retour des Afrodescendants en Afrique, on découvre finalement que le tourisme et les voyages ne sont plus des priorités. En outre, on assiste à la montée d’un nouveau concept qui est beaucoup plus intime et collectif, chargé d’histoire, d’émotions et de symbolique. En fait, nombreux de ces Afrodescendants décrivent le retour comme une “rencontre à très haute vibration” entre autres, un moment où quelque chose se réaligne profondément entre le corps, la mémoire et l’âme.
Il convient de préciser qu’il existe, depuis quelques années, de nouvelles formes de liens entre les diasporas afrodescendantes et le continent africain notamment: voyages de “retour aux sources”, programmes officiels comme le “Year of Return” au Ghana en 2019, tests ADN pour retracer les origines. Il est important de savoir que pour la majorité, ce retour n’est pas motivé par l’exotisme, mais plutôt par une quête d’identité et de sens.
Incontestablement, les Afrodescendants portent en eux, le poids de l’histoire et la blessure de la rupture. A cet effet, leur histoire collective est liée à la traite négrière, l’esclavage, la colonisation et les silences imposés autour de leurs origines. Par conséquent, cette rupture crée une blessure intergénérationnelle qui nourrit la quête de retour.
De manière générale, le retour en Afrique déclenche souvent une onde émotionnelle. Ainsi, cette rencontre à très haute vibration se traduit le plus souvent par des larmes spontanées, des palpitations cardiaques, une sensation de déjà-vu, une impression de “revenir à la maison”. Tout porte à croire que, même les ancêtres participent à cette reconnexion.
Le cas Mike Tyson
Mike Tyson fait partie de ces personnalités afrodescendantes qui ont découvert leurs origines Africaines grâce aux tests génétiques. Selon une analyse ADN qu’il évoque en 2020 dans son podcast “Hotboxin”, ses ancêtres venaient du Congo. Cette indication le rattache à la grande aire historique du royaume Kongo, fondé à la fin du XIVe siècle et qui s’étendait sur l’actuelle Angola, la République démocratique du Congo, la République du Congo et le Gabon. Il est établi que de nombreuses personnes originaires de cette région furent déportées vers les Amériques depuis le port de Loango, l’un des principaux points d’embarquement de la traite atlantique.
Quoi qu’il en soit, en octobre 2025, “Iron Mike” se rend à Kinshasa pour le 50ᵉ anniversaire du “Rumble in the Jungle”. Il y évoque ses racines congolaises. Accueilli par des foules en liesse, il est également reçu par le président Félix Tshisékédi. En marge de son séjour, la légende de la boxe visite entre autres, le mémorial du Génécost, l’exposition dédié au maréchal Mobutu et le stade mythique Tata Raphaël. Il est certain que parmi les figures emblématiques de cette dynamique, le séjour de Mike Tyson en République démocratique Congo offre un exemple puissant de ce que peut représenter ce retour aux racines pour un Afrodescendant. Sans conteste, la ville de Kinshasa a réussi son challenge chapeau bas!. Manifestement, l’Afrodescendant a vécu une très belle expérience qu’il n’est pas prêt d’oublier. D’ailleurs, il envisage d’y revenir.

Mike TYSON et la population de Maluku
Tests ADN, Ghana, Bénin, Burkina Faso, d’autres retours emblématiques et Marcus Garvey
Les tests ADN sont devenus un moyen de réduire la fracture historique laissée par l’esclavage. Plus que des données scientifiques, ils offrent un point d’ancrage identitaire. De ce fait, beaucoup d’Afrodescendants découvrent des origines probables en Afrique de l’Ouest, centrale ou orientale, ouvrant la voie à des voyages de reconnexion.
Le Ghana a joué un rôle central avec le “Year of Return”, invitant la diaspora mondiale à revenir sur la terre ancestrale. Des personnalités comme Ludacris, Idris Elba ou Boris Kodjoe ont vécu des retours hautement symboliques, marqués par la visite des forts d’esclavage et des rencontres culturelles profondes.
Le Bénin, ancient épicentre de la traite négrière sur la “côte des esclaves”, a engagé une démarche inédite pour reconnaître les Afrodescendants. En 2024, le pays a adopté une loi permettant à toute personne prouvant une ascendance liée à la traite de demander la nationalité béninoise. Cette mesure s’accompagne d’un portail numérique facilitant les démarches et d’un ensemble d’initiatives mémorielles visant à acceuillir la diaspora.
En octobre 2025, le Burkina Faso a accueilli environ 700 Afrodescendants venus d’Amérique, d’Europe et des Caraïbes pour un séjour dédié au retour aux sources. A cette occasion, les autorités burkinabè ont annoncé la suppression des exigences financières liées à l’obtention de la carte de résident permanent, facilitant ainsi, l’installation de ceux qui souhaitent s’établir dans le pays.
D’autres figures illustrent ce mouvement moderne: Questlove et son lien avec les Igbos du Nigéria, Oprah Winfrey au Libéria et en Sierra Leone, ou encore les communautés rastafaris installées en Ethiopie.
Bien avant ces retours contemporains, Marcus Garvey avait déjà posé les bases d’une pensée du retour. Avec son mouvement “Back to Africa” et son slogan “Africa for the Africans, at home and abroad”, il appelait les descendants d’Africains à se réapproprier leur dignité et à envisager un retour, physique ou symbolique, vers le continent. Sa vision a inspiré plusieurs générations de penseurs, de militants et de mouvements panafricanistes.

Le retour des Afrodescendants: une opportunité pour le développement du continent
Il est important de souligner que, le retour des Afrodescendants représente une dynamique porteuse pour l’avenir de l’Afrique. Une chose est sûre, la diaspora afrodescendante inclut certains des groupes les plus qualifiés dans les pays occidentaux dont: médecins, ingénieurs, chercheurs, artistes, entrepreneurs. Il convient d’admettre que ce retour apporte précisement:
- Un renfort massif de compétences;
- Des investissements économiques dans des secteurs variés;
- Une diplomatie culturelle puissante;
- Une réparation historique qui renforce l’unité panafricaine.
Il sied de reconnaître que, cette opportunité doit être accompagnée d’une gestion intelligente à savoir: médiation culturelle, projets co-construits, intégration harmonieuse avec les communautés locales.
Identités recomposées
En principe, le retour ne signifie pas forcément abandonner la vie en diaspora, en revanche, il permet de créer une identité multiple et assumée. De toute évidence, les Afrodescendants découvrent une Afrique réelle, loin des clichés, et participent à bâtir des ponts culturels, économiques et humains.
Une vibration intime et politique
En réalité, le retour est à la fois intime, collectif et symbolique. Ainsi, chaque pas posé sur la terre africaine contribue à réparer une histoire brisée et à rétablir un lien vivant entre le continent et ceux qui en sont issus. En fait, c’est le moment où également la mémoire du corps et celles des ancêtres rencontrent la réalité présente. In fine le retour en Afrique n’est plus seulement géographique, mais intérieur.
Tout compte fait, de Marcus Garvey à Mike Tyson, une même intuition traverse les époques. A cet effet, Alkebulan n’est pas seulement le passé des Afrodescendants, elle est autant, une part vivante de leur avenir. De ce fait, la rencontre des deux (Afrodescendants et Alkebulan) ne peut qu’engendrer de « très hautes vibrations”.

